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Le sport dehors, sans posture

Le dénivelé pèse plus lourd que la distance

Avatar de Erwann Tastevin

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Annoncer « douze kilomètres » ne dit presque rien d’une randonnée si l’on ignore le relief traversé. Deux itinéraires de même longueur peuvent représenter des efforts complètement différents selon la quantité de dénivelé positif à avaler entre le départ et l’arrivée.

Une règle de calcul simple, mais souvent oubliée

Une règle empirique largement reprise chez les randonneurs consiste à convertir le dénivelé en distance équivalente : cent mètres de montée équivalent grossièrement à un kilomètre de plat en termes d’effort et de temps. Une boucle de dix kilomètres avec six cents mètres de dénivelé positif se rapproche donc, en ressenti, d’une marche de seize kilomètres sur terrain plat, et non de dix.

Cette règle reste une approximation, pas une science exacte : elle varie selon la pente moyenne, la nature du sol et la condition physique du groupe. Mais elle suffit largement à corriger l’erreur la plus fréquente, qui consiste à ne regarder que le nombre de kilomètres affiché sur une carte ou un panneau.

La descente compte aussi, même si elle sollicite le corps différemment de la montée : elle use davantage les articulations du genou et de la hanche par les chocs répétés, tandis que la montée sollicite surtout le souffle et l’endurance musculaire. Un itinéraire avec un dénivelé négatif important, en fin de journée, peut ainsi fatiguer autant qu’une montée équivalente, pour des raisons différentes qu’il vaut mieux anticiper avant de partir, surtout sur plusieurs heures.

Le terrain change tout, même à dénivelé égal

Un dénivelé positif obtenu sur un sentier régulier et bien tracé ne se vit pas comme le même dénivelé grimpé sur un terrain rocailleux, instable ou technique. Les sentiers répertoriés dans les cartes de l’Institut national de l’information géographique et forestière indiquent le tracé et l’altitude, mais rarement la nature exacte du sol, qui influence pourtant fortement l’allure réelle qu’on pourra tenir.

Un même profil de dénivelé, parcouru par forte chaleur ou sous un vent soutenu en crête, change également de nature : la météo du jour pèse autant sur l’allure réelle que le relief lui-même, ce qui invite à consulter un bulletin fiable comme ceux de Météo-France avant de fixer un horaire de retour trop optimiste.

L’allure réelle, pas l’allure de référence

Les temps de marche affichés sur les topoguides supposent une allure régulière, sans pause longue, rarement représentative d’une sortie en groupe avec enfants, appareil photo ou simple envie de s’arrêter admirer un point de vue. Appliquer ces temps de référence sans les ajuster à son propre rythme conduit presque toujours à sous-estimer la durée réelle d’une sortie avec du dénivelé.

Mieux vaut partir du principe inverse : estimer sa propre allure sur un terrain connu, l’ajuster ensuite au dénivelé annoncé par la règle de conversion, puis garder une marge horaire large plutôt que serrée. C’est cette marge qui évite de terminer une descente technique dans la pénombre.

La fréquence cardiaque de réserve donne un autre repère utile pour juger de l’intensité réelle d’un effort en dénivelé, indépendamment de l’allure affichée sur le papier : elle se calcule à partir de l’écart entre la fréquence cardiaque au repos et la fréquence maximale théorique, et permet de situer objectivement si une montée sollicite l’organisme de façon modérée ou intense, au-delà de la seule sensation ressentie sur l’instant. Un groupe qui progresse à une allure identique en distance et en dénivelé peut ainsi solliciter des organismes très différemment selon la condition physique de chacun, ce que cette fréquence de réserve permet de mesurer plus finement qu’une simple impression de fatigue.

Garder une trace écrite ou une estimation notée avant le départ, plutôt que de se fier uniquement à la mémoire ou à l’impression du moment, aide aussi à comparer objectivement plusieurs itinéraires envisagés pour une même sortie, et à choisir celui qui correspond réellement à la disponibilité de temps et à la condition physique du jour, plutôt qu’à celle d’une sortie précédente. Le choix du sac porté sur ce type de terrain n’est pas non plus neutre : nous détaillons dans notre dossier sur le poids réel d’un sac de randonnée pourquoi quelques centaines de grammes changent la perception d’un dénivelé soutenu.


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